
Il n'existe pas de médicament qui permette de guérir les tics. Le but des médicaments est de diminuer les tics, s'ils représentent une gêne conséquente. Vouloir faire disparaître complètement les tics amènerait à devoir utiliser des doses particulièrement élevées, au prix d'inconvénients plus nombreux sous forme d'effets secondaires que de bénéfices sous forme d'amélioration de la qualité de vie.
Les médicaments couramment utilisés ont besoin de plusieurs semaines pour avoir un effet complet, alors que les effets secondaires tels que la somnolence peuvent être marqués en début de traitement avant de s'atténuer. Il vaut donc la peine de se donner du temps avant de renoncer à un médicament, en augmentant les doses progressivement.
Le choix des médicaments pour le traitement du syndrome de Gilles de la Tourette est complexe et requiert les compétences d'un spécialiste. Le but de cette rubrique n'est pas de déterminer quel traitement vous ou votre enfant atteint d'un SGT devriez recevoir, mais de fournir quelques informations sur les classes de médicaments existants, certains de leurs avantages, et les effets secondaires les plus fréquents. Les informations fournies ne sont pas suffisantes pour peser les avantages et les inconvénients d'une substance en vue de faire son choix !
A noter l'existence d'un site avec des informations sur tous les médicaments disponibles en Suisse : Compendium Suisse des Médicaments. Il y figure des informations sur les tailles d'emballages avec les prix, mais également des informations détaillées destinées aux patients (colonne de droite, correspondant à la notice se trouvant dans l'emballage), et aux professionnels (colonne de gauche). La liste des effets secondaires qui y figure est souvent longue et décourageante. Il faut relever que ces notices sont rédigées par les entreprises pharmaceutiques avant d'être approuvées par les autorités compétentes. Ces entreprises y font figurer tous les effets secondaires envisageables même s'ils n'ont pas été démontrés, afin de se prémunir contre d'éventuelles actions en justice.
Pour une meilleure compréhension de ce qui suit, précisons encore que chaque substance (ou "principe actif") a un nom unique international, s'écrivant en lettres minuscules. Les médicaments contenant le même principe actif ont un "nom de spécialité" débutant par une majuscule et se terminant par le sigle ®, ce nom pouvant varier en fonction du pays de vente et en fonction de l'entreprise qui fabrique le médicament. Par exemple, Panadol® et Dafalgan® sont deux noms de spécialités correspondant au même principe actif, le paracétamol. Le Dafalgan® est un des nombreux génériques du Panadol®, fabriqué une fois le brevet de ce dernier arrivé à échéance, et vendu à un prix nettement inférieur. Une classe de médicaments comprend des principes actifs différents, mais apparentés, ayant un mécanisme d'action proche.
Certains médicaments non disponibles en Suisse peuvent être obtenus auprès de pharmacies internationales, mais ne sont pas remboursés par l'assurance maladie de base.
Médicaments les plus couramment utilisés pour traiter le SGT :
Les neuroleptiques sont des médicaments qui diminuent l'action de la dopamine, cette dernière étant un des neurotransmetteurs (substances qui permet de transmettre l'influx nerveux de neurones à neurones) impliqués dans le SGT. Les mieux étudiés pour le traitement du SGT sont Haldol® (halopéridol), Orap® (pimozide, n'est plus disponible en Suisse), Risperdal® (rispéridone) et Zyprexa® (olanzapine). Les effets secondaires sont la somnolence, la prise de poids, des raideurs musculaires, une sensation de ne pas tenir en place (acathisie), et les dyskinésies tardives (lors d'utilisation très prolongée, mouvements involontaires et rythmiques du visage, de la bouche et des mâchoires). Haldol® réduit beaucoup les tics, mais présente très souvent des effets secondaires. Selon une étude, Orap® est plus efficace et mieux supporté que Haldol®, mais nécessite des contrôles par électrocardiogrammes en raison du risque de troubles du rythme cardiaque. Tiapridal® (tiapride) est également utilisé en Europe, préféré aux deux médicaments précédents pour le traitement des enfants, mais son efficacité a moins bien été étudiée.
Risperdal® et Zyprexa® sont des neuroleptiques atypiques (plus récents, avec un mécanisme d'action légèrement différent, et moins d'effets secondaires). Risperdal® est mieux toléré que Haldol®, et n'entraîne habituellement pas de dyskinésies tardives à des doses n'excédant pas 6 mg/jour. Une étude récente a montré une meilleure efficacité de Risperdal® par rapport à Orap® sur la diminution des tics, mais une prise pondérale plus importante. Zyprexa® a très peu d'effets secondaires, le principal étant la prise de poids, qui peut être encore plus marquée qu'avec Risperdal®. Seroquel® (quétiapine) semble bénéfique avec peu d'effets secondaires, avec moins de risques en cas d'épilepsie, mais a mal été étudié dans le contexte du SGT.
Tétrabénazine (non disponible en Suisse) est aussi un médicament agissant sur la dopamine, par un mécanisme différent que les neuroleptiques. Il est très efficace pour le contrôle des tics, mais peut causer de la dépression et certains symptômes de la maladie de Parkinson (sans entraîner cette maladie).
Permax® (pergolide) augmente l'action de la dopamine lorsqu'il est utilisé à doses élevées telles que pour le traitement de la maladie de Parkinson. A très faible dose, il semble diminuer l'action de la dopamine et atténue les tics tout en étant très bien toléré.
Catapresan® (clonidine) est à la base un médicament destiné à faire baisser la pression artérielle, en agissant sur d'autres neurotransmetteurs que la dopamine. Il peut être également être utilisé comme premier choix pour le traitement du SGT, pouvant améliorer aussi bien les tics que le trouble déficit de l'attention/hyperactivité, sans avoir les effets secondaires des neuroleptiques (hormis la somnolence), ce qui est appréciable pour le traitement des enfants.
Les médicaments de la classe des benzodiazépines (généralement utilisés pour traiter l'anxiété, l'insomnie ou l'épilepsie) diminuent parfois la sévérité des tics. Rivotril® (clonazépam) est mieux toléré que les neuroleptiques, mais moins efficace. Les effets secondaires incluent la somnolence, la prise pondérale, et la péjoration du déficit de l'attention chez les enfants qui ont également ce trouble.
Des injections de Botox® (toxine botulique) directement dans les muscles concernés peuvent améliorer certains tics moteurs simples du visage et de la nuque, pendant les 3 mois qui suivent l'injection. Cette technique a également été évaluée avec succès pour quelques cas de tics vocaux.
Liorésal® (baclofène) relâche la musculature en agissant au niveau de la moëlle épinière. Ce traitement peut diminuer l'intensité des tics, dans certains cas.
Pour le traitement du TOC, certains antidépresseurs sont utiles.
Pour le traitement du trouble déficit de l'attention/hyperactivité, les stimulants tels que Ritaline®/Concerta® (méthylphénidate) sont les plus efficaces, conjointement aux interventions comportementales à l'école et à la maison. Bien que les stimulants puissent déclancher des tics, ils ne sont pas clairement contre-indiqués chez les enfants présentant des tics.
Première publication : 15.11.2006
Dernière modification : 04.12.2006